Que recouvre exactement le terme « écrasement » ?

L'écrasement ne se limite pas au broyage d'un comprimé au fond d'un mortier. Le terme couvre tous les gestes qui modifient la forme galénique juste avant l'administration : broyer un comprimé, le croquer, le diviser hors de sa barre de sécabilité, ouvrir une gélule pour en verser le contenu, écraser des granulés. La liste nationale éditée par l'OMéDIT Normandie avec la Société Française de Pharmacie Clinique (SFPC) traite d'ailleurs l'écrasement et l'ouverture comme deux possibilités distinctes, codées séparément pour chaque entrée : un produit dont la gélule s'ouvre n'est pas pour autant un produit qui s'écrase. La distinction compte en salle de soins comme en salle de naissance. Chez la personne âgée en EHPAD, en hospitalisation à domicile (HAD) ou en suites de couches, la difficulté de déglutition conduit au même réflexe : réduire la forme. Or dès que la forme est modifiée, la voie d'administration retenue lors de l'autorisation de mise sur le marché (AMM) n'est plus celle qui est appliquée au lit du patient.

L'écrasement relève-t-il d'une prescription médicale ?

Oui, et c'est le préambule de la liste nationale qui le formule le plus directement : la pratique du broyage relève de la prescription médicale, au titre de l'article R5132-3 du code de la santé publique, qui range le mode d'emploi parmi les mentions portées par le médecin. Ce préambule décrit aussi la démarche attendue avant de prescrire un écrasement : rechercher une alternative thérapeutique ou galénique pour limiter le broyage aux médicaments indispensables, renseigner le motif — difficulté de déglutition, sonde, trouble du comportement — pour informer les autres professionnels, et porter la mention « à écraser » sur la ligne de prescription quand le logiciel le permet. La fiche de retour d'expérience de l'OMéDIT Normandie, éditée en juillet 2022, reprend la même exigence. Côté réalisation, l'OMéDIT Centre-Val de Loire distingue l'administration avec acte technique, dont l'écrasement fait partie, de l'aide à la prise d'un médicament déjà préparé : les deux ne relèvent pas des mêmes professionnels. Concrètement, un écrasement décidé au moment de la distribution parce que le patient tousse ou refuse d'avaler ne repose sur aucune prescription. La modification de la forme se demande au prescripteur.

Quelles formes galéniques ne doivent jamais être écrasées et pourquoi ?

Trois mécanismes galéniques expliquent l'essentiel des contre-indications, et aucun ne se devine à l'œil nu. La libération prolongée repose sur un système qui étale la libération du principe actif dans le temps ; le détruire libère d'un coup la totalité de la dose. Le RCP d'un comprimé d'alfuzosine à libération prolongée l'écrit ainsi, pour cette forme et pour elle seule : croquer, mâcher ou écraser ce comprimé conduirait à une libération et à une absorption inappropriées, avec des effets indésirables possiblement précoces. La gastro-résistance repose sur un pelliculage qui protège le principe actif de l'acidité gastrique : le RCP d'un comprimé gastro-résistant de pantoprazole indique que ce comprimé-là, sous cette forme, s'avale entier avec un peu d'eau. Enfin, certaines formes n'ont pas à être écrasées parce qu'une autre voie existe déjà : orodispersible, lyophilisat oral, effervescente. Une règle tient en une phrase, rappelée par l'OMéDIT Centre-Val de Loire : sécable ne veut pas dire broyable. La dose, elle, relève exclusivement de la prescription médicale ; cet article ne traite que des modalités de préparation et d'administration.

Comment lire la liste nationale OMéDIT Normandie – SFPC ?

La liste est positive et, ses éditeurs le précisent, non exhaustive : elle documente ligne par ligne des produits vérifiés — 632 lignes dans la version de juin 2026 — et ne couvre que les comprimés, granulés, gélules et capsules molles, à l'exclusion des lyophilisats oraux et des autres formes dispersibles. Éditée par l'OMéDIT Normandie avec le groupe gériatrie de la SFPC, elle est en accès libre, sous forme de fichier tableur : omedit-normandie.fr. Chaque ligne se lit sur trois plans. L'identification d'abord : principe actif et ses dosages, forme galénique, classe ATC — l'entrée se fait sur la forme exacte prescrite, jamais sur le seul nom du principe actif. La faisabilité ensuite : des pictogrammes codent séparément l'écrasement, l'ouverture et le délitement, un autre signale un goût désagréable. La traçabilité enfin : la source retenue — RCP, notice patient ou réponse écrite du laboratoire dans la grande majorité des cas —, une éventuelle source contradictoire, la méthode d'administration après écrasement, les alternatives galéniques et la date de mise à jour de la ligne. C'est elle qui date la donnée, et non la version du fichier.

Que faire quand un médicament ne figure pas sur la liste ?

L'absence d'une ligne ne vaut ni autorisation ni interdiction. La liste se présente elle-même comme non exhaustive, et son périmètre est borné à quatre formes : comprimés, granulés, gélules, capsules molles. Trois réflexes s'appliquent alors, pour les infirmiers comme pour les sages-femmes. Le premier est le RCP de la spécialité prescrite, publié par l'ANSM sur la base de données publique des médicaments : sa rubrique 4.2 porte le mode d'administration, et le préambule de la liste rappelle qu'elle n'a pas vocation à remplacer les RCP ni à se substituer au jugement clinique. Le deuxième est l'avis pharmaceutique : ce même préambule invite à demander conseil au pharmacien dès qu'une information manque ; en libéral ou en HAD, c'est le pharmacien d'officine dispensateur. Le troisième est l'abstention de toute transposition : la liste raisonne par principe actif et par forme galénique, ce qui interdit de déduire une conduite d'une autre présentation du même principe actif. Une question de compatibilité avec l'allaitement ne se traite pas non plus ici : elle relève du CRAT et du prescripteur.

Quelles sont les règles de bonne pratique du geste lui-même ?

Le geste est documenté, et sa mauvaise exécution l'est aussi : une étude française de 2012, publiée dans la Revue de médecine interne et relayée par l'OMéDIT Normandie, retrouvait une personne âgée en institution sur trois concernée par le broyage, environ 40 % d'écrasements portant sur des formes qui ne s'y prêtaient pas et 70 % de médicaments écrasés ensemble. Quatre règles en découlent. Un principe actif à la fois : le préambule de la liste nationale indique qu'il n'est pas recommandé d'en écraser plusieurs simultanément. Un matériel adapté : l'OMéDIT Normandie recommande l'écrase-comprimé à sachet plutôt que le mortier, qui retient les résidus d'une préparation à l'autre. Une administration immédiate après préparation, selon la méthode indiquée pour la ligne concernée — les exemples de boisson ou d'aliment qui y figurent sont donnés à titre indicatif et ne sont pas exhaustifs. Une protection du soignant enfin — gants, masque, blouse — pour les produits dont la poussière expose. Ces règles valent en EHPAD, en HAD et en suites de couches. C'est cette méthode de lecture, RCP d'abord, qui structure les fiches en préparation sur bolus-app.fr.